Liberté d'expression
Depuis quelques temps,
Toute cette situation est certes très satisfaisante, mais l'envers du décors est sombre, très sombre. Notre plan quinquennal se base sur des mensonges, des statistiques et des données erronées, et leurrer les investisseurs ne mènera qu'à notre perte. De plus notre société est muselée, ramenée à un troupeau de bêtes qui obéissent au moindre signe. La classe moyenne s'effrite, se dilue dans la pauvreté et la précarité, et la corruption fait des ravages. Les pauvres s'appauvrissent, les riches, et ils sont peu nombreux, entassent leurs avoirs à l'étranger, et les autres survivent le jour au jour. L'ambition, l'entreprenariat, l'innovation, n'existent plus, et les divers secteurs à forte valeur ajoutée n'arrivent pas à décoller.
Si nous avons pu atteindre un certain degré de développement et de modernité, c'est grâce au travail de plusieurs générations. Seulement, maintenant, cela ne suffit plus. Nous avons besoin de nous remettre en question, de nous demander si la voie suivie est la bonne, si cette direction est celle qui correspond à notre pays. Le pays a besoin d'un nouveau souffle, d'une bouffée d'oxygène, et ce climat de musellement et de censure qui sévit à travers le pays, ne fait que détruire le fruit de tant de labeur.
En Tunisie, l'autocritique n'existe pas, à aucun niveau. Pire encore, la critique est interdite, et sévèrement punie. Le système de feedbacks, qui permet aux classes inférieures d'interpeller les couches dirigeantes, n'a jamais été mis en application. Un employé qui fait une remarque à son chef, un enfant à ses parents, un étudiant à son professeur, un citoyen à un représentant du gouvernement, est ignoré, méprisé et au mieux, moqué. Je vous laisse imaginer le pire.
S'exprimer librement est un droit, mais il devient un devoir devant tant d'injustices, d'errements et de corruptions. Il est garanti par la loi, mais puni par cette même loi. Il est exigé par le président, mais interdit par ses propres subordonnés. Notre liberté d'expression est un droit non négociable, une exigence, et un impératif pour toute société qui veut progresser. Car c'est de cela qu'il s'agit, ce n'est pas parler pour parler, mais pour discuter, bâtir, rectifier et améliorer. Nous avons atteint un niveau où, sans cette liberté de s'exprimer, nous ne pouvons que régresser. Irrévocablement.
